« Un lieu magique » : dans les pas de Gérard Beureux, gardien de l’abbaye de Clairvaux

Entre les murs de Clairvaux, deux histoires que presque tout oppose s’unissent, d’un côté celle d’une abbaye cistercienne et de l’autre celle d’une prison centrale qui, jusqu’en 2023, a compté parmi les plus surveillées de France. C’est cette mémoire double que Gérard Beureux, président de l’association Renaissance de l’Abbaye de Clairvaux s’attache à transmettre.

D’un professeur de mathématiques à président d’association

Gérard Beureux, professeur de mathématiques en classe préparatoire au Lycée Marie de Champagne de Troyes, n’avait rien d’un historien. C’est sa rencontre avec Jean-François Leroux, président et fondateur de l’association Renaissance de l’Abbaye de Clairvaux qui va faire de lui le gardien d’un illustre héritage. « Il m’a vraiment engagé à le rejoindre comme bénévole actif », se souvient-il. De cette rencontre naît une amitié, puis un engagement : Gérard Beureux s’investit peu à peu jusqu’à en devenir vice-président. À la mort de son ami, la présidence s’impose à lui presque naturellement : « les gens ne se sont pas précipités, donc il était naturel que je prenne cette responsabilité », explique-t-il, avant d’ajouter que cette succession était sans doute « dans l’idée » de Jean-François Leroux depuis le début. « Je lui ai succédé en février 2021 », résume-t-il simplement. Depuis, il exerce cette fonction tout en restant, lui aussi, guide bénévole au sein de l’abbaye, transmettant l’histoire du lieu.

Ce qui le pousse à s’y investir aujourd’hui ? « D’abord c’est un site absolument passionnant », lance-t-il, avant de préciser que Clairvaux est aussi un lieu « qui a besoin qu’on s’occupe de lui ».

Gérard Bareux gardien de l'Abbaye de Clairvaux
Visite du QIQD, Clairvaux 9 - © Olivier Douard__

De l’abbaye à la prison : une histoire fascinante

En 1115, Bernard de Fontaine, jeune moine de Cîteaux, est envoyé par l’abbé Étienne Harding pour fonder une nouvelle abbaye. Il choisit une vallée isolée de l’Aube, pourvue d’eau, de bois et de terres cultivables, conforme à l’idéal cistercien de dépouillement. Il la rebaptise Clairvaux, la « claire vallée ». Mais Bernard ne reste pas seulement fondateur et abbé : il devient l’une des figures les plus influentes de son temps. Théologien reconnu, il rédige de nombreux traités et conseille rois et papes, jusqu’à prêcher à Vézelay la deuxième croisade devant la foule réunie autour de Louis VII. Son autorité s’étend aussi tout près de Clairvaux : les comtes de Champagne, en particulier Thibaud II, comptent parmi ses proches soutiens, protégeant l’abbaye et lui accordant terres et privilèges permettant son implantation durable dans la région.

Cette figure hors norme explique en grande partie l’essor fulgurant de l’abbaye de Clairvaux. En un siècle et demi, 750 abbayes d’hommes et 1000 abbayes de femmes voient le jour en Europe, dont 350 filiations directes de Clairvaux, parmi lesquelles 69 sont fondées par Bernard de Clairvaux lui-même. « Vous imaginez le maillage de l’Europe ? ». Ce rayonnement s’accompagne d’un développement économique porté par 20 à 30 granges, véritables unités agricoles dispersées dans la région.

Après la Révolution Française, l’abbaye est transformée en prison sous Napoléon, puis devient l’une des plus importantes de France : « Tout le monde connaissait Clairvaux », résume Gérard Beureux. Elle doit notamment sa notoriété pour avoir accueilli, au fil des siècles, plusieurs détenus célèbres, de Claude Gueux au terroriste Carlos. Elle s’est spécialisée dans l’accueil de condamnés à de lourdes peines, devenant une prison centrale jusqu’à sa fermeture en mai 2023. Une double histoire que Gérard Beureux tient tout autant à transmettre : « c’est un lieu d’une double richesse historique », résume-t-il, entre passé monastique et mémoire carcérale.

Entre les murs : faire vivre Clairvaux au quotidien

Gérard s’est fixé avec l’association un devoir de transmission qui s’accompagne pour Clairvaux d’expériences pour les visiteurs afin de rendre le site vivant et ranimer son histoire.

Chaque jour, Gérard et les guides de Clairvaux accompagnent les visiteurs dans un voyage entre abbaye et prison. On opte alors au choix pour la découverte de l’univers monastique ou carcéral. Une visite élargie de trois heures permet aux plus curieux de découvrir les deux histoires. Gérard aime observer la réaction des visiteurs lorsqu’ils pénètrent dans le bâtiment des Convers, du nom de ces religieux chargés autrefois du travail dans les champs, ou dans le Quartier d’Isolement et Quartier Disciplinaire (QIQD) qui accueillait encore des détenus il y a moins de 10 ans. À terme, il espère pouvoir réintégrer au parcours de visite carcéral le Bâtiment A, sauvé d’un projet de travaux grâce à une mobilisation médiatique dont il garde une certaine fierté : « je crois qu’il n’est pas trop fort de dire qu’on l’a sauvé ». Le Grand Cloître, quant à lui, n’est actuellement pas accessible à la visite : il fait l’objet d’une restauration destinée à lui redonner sa grandeur et sa beauté.

L’association déborde d’idées pour continuer à faire vivre ces lieux et surprendre ses visiteurs comme plaisante Gérard « Vous voyez qu’on n’a pas d’imagination pour séduire notre public ! ».

Gérard s’est fixé avec l’association un devoir de transmission qui s’accompagne pour Clairvaux d’expériences pour les visiteurs afin de rendre le site vivant et ranimer son histoire.

Abbaye de Clairvaux 1 - © Olivier Douard (1)

Chaque jour, Gérard et les guides de Clairvaux accompagnent les visiteurs dans un voyage entre abbaye et prison. On opte alors au choix pour la découverte de l’univers monastique ou carcéral. Une visite élargie de trois heures permet aux plus curieux de découvrir les deux histoires. Gérard aime observer la réaction des visiteurs lorsqu’ils pénètrent dans le bâtiment des Convers, du nom de ces religieux chargés autrefois du travail dans les champs, ou dans le Quartier d’Isolement et Quartier Disciplinaire (QIQD) qui accueillait encore des détenus il y a moins de 10 ans. À terme, il espère pouvoir réintégrer au parcours de visite carcéral le Bâtiment A, sauvé d’un projet de travaux grâce à une mobilisation médiatique dont il garde une certaine fierté : « je crois qu’il n’est pas trop fort de dire qu’on l’a sauvé ». Le Grand Cloître, quant à lui, n’est actuellement pas accessible à la visite : il fait l’objet d’une restauration destinée à lui redonner sa grandeur et sa beauté.

L’association déborde d’idées pour continuer à faire vivre ces lieux et surprendre ses visiteurs comme plaisante Gérard « Vous voyez qu’on n’a pas d’imagination pour séduire notre public ! ».

Champagne Monial 20 - ©Prisma Studio - Tom Berna

 

Au-delà de Clairvaux : un héritage encore visible

La portée de Clairvaux ne s’arrête pas à ses murs. À Colombé-le-Sec, le Cellier aux Moines en est le prolongement : une grange viticole où, dès 1194, les moines cultivaient la vigne et fabriquaient le vin sous des voûtes gothiques, faisant de ce lieu l’un des tout premiers endroits où l’on produisait du vin sur la Côte des Bar. À l’étage, la chapelle Saint-Michel rappelle que le travail de la vigne et la vie religieuse allaient de pair. Le cellier montre bien à quel point l’ordre cistercien était aussi une véritable entreprise économique : ses vins ont fait la réputation de ce territoire bien avant que l’Aube ne rejoigne l’appellation Champagne. Aujourd’hui propriété du Champagne Monial, il est possible de visiter le Cellier aux Moines associé à une dégustation de Champagne.

Ce savoir-faire viticole reposait sur tout un réseau de fermes fondées par l’abbaye. À Champignol-lez-Mondeville, la chapelle de l’Annonciation témoigne elle aussi de ce passé : une ancienne ferme cistercienne où Bernard de Clairvaux aurait accompli une guérison miraculeuse. Son grand porche et ses voûtes rappellent l’ampleur de ce réseau, qui comptait une quarantaine de fermes agricoles, forestières ou viticoles.

A Urville cette influence a laissé sa trace la plus durable. Dès 1116, Bernard de Clairvaux y réorganise le vignoble, fait venir de Bourgogne le Morillon Noir, l’ancêtre du Pinot Noir, et fait construire des caves. À sa mort en 1153, la production dépasse déjà 600 000 litres par an. Après la Révolution, ces caves deviennent le logement du curé du village, avant d’être rachetées après-guerre par la famille Drappier. Les caves se découvrent aujourd’hui lors d’une visite du domaine. Fier de cet héritage, la maison Drappier a développé une cuvée singulière pour rendre hommage à Clairvaux : Clarevallis (nom latin de l’abbaye.)

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