
Peu de territoires peuvent revendiquer un lien aussi fort avec l’histoire des Templiers que l’Aube. C’est à Payns, près de Troyes, qu’est né Hugues de Payns, fondateur de l’Ordre du Temple. C’est aussi au sein du Comté de Champagne que les chevaliers ont trouvé le soutien nécessaire à leur développement avant de rayonner dans toute l’Europe. Neuf siècles plus tard, leur héritage est toujours bien présent. Entre villages, commanderies et forêts chargées d’histoire, partez sur les traces de l’un des ordres les plus fascinants du Moyen Âge.
Pourquoi l’Aube est-elle considérée comme le berceau des Templiers ?
Lorsque l’on évoque les Templiers, on pense souvent à Jérusalem, aux croisades ou encore aux légendes qui entourent leur mystérieux trésor. Pourtant, leur histoire débute en grande partie en Champagne, et plus précisément dans l’actuel département de l’Aube.
Au début du XIIe siècle, le chevalier Hugues de Payns, originaire du village de Payns, s’associe à quelques compagnons pour créer un ordre destiné à protéger les pèlerins se rendant en Terre sainte. Très vite, les comtes de Champagne soutiennent cette initiative. Leur influence permet à l’Ordre du Temple de se développer rapidement.
En 1129, un événement majeur se déroule à Troyes : le concile de Troyes reconnaît officiellement l’Ordre du Temple. Sous l’influence de Bernard de Clairvaux, fondateur de l’abbaye cistercienne de Clairvaux, l’ordre reçoit une règle qui encadre désormais sa vie religieuse et militaire. Cette reconnaissance marque le véritable point de départ de l’expansion des Templiers à travers l’Europe.
Si leur histoire s’écrira ensuite jusqu’en Orient et dans tout l’Occident, c’est bien dans l’Aube que les fondations de cette aventure ont été posées.



Sur les traces des Templiers dans l’Aube
Neuf siècles après leur disparition, les Templiers continuent de marquer les paysages aubois. Plusieurs sites permettent aujourd’hui de découvrir leur histoire tout en explorant un patrimoine exceptionnel.
La commanderie d’Avalleur, le plus bel héritage templier de l’Aube
À Bar-sur-Seine, la commanderie d’Avalleur constitue l’un des ensembles templiers les mieux conservés de France. Fondée au XIIe siècle, elle témoigne du rôle essentiel des commanderies dans l’organisation de l’Ordre. Sa chapelle, remarquablement préservée, domine encore le domaine. Autour d’elle, les vestiges racontent la vie quotidienne des frères, qui administraient ici des terres agricoles, accueillaient les voyageurs et assuraient la gestion des ressources destinées à soutenir les missions en Terre sainte.
Aujourd’hui, la commanderie accueille des visites, des expositions et des animations qui permettent de découvrir l’univers fascinant des Templiers dans un cadre préservé.
Payns, aux origines de l’Ordre
Impossible d’évoquer les Templiers sans faire étape à Payns. C’est ici qu’est né Hugues de Payns, fondateur de l’Ordre du Temple.
Le village conserve le souvenir de cette histoire grâce au Musée Hugues de Payns, qui présente les origines de l’Ordre, son développement et son influence à travers l’Europe. Une visite idéale pour mieux comprendre pourquoi ce petit village aubois occupe une place si importante dans l’histoire médiévale.
La cathédrale de Troyes, un lieu fondateur de l’Ordre
Si la cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul de Troyes que l’on admire aujourd’hui a été construite plusieurs décennies après la naissance de l’Ordre du Temple, elle occupe un lieu chargé d’histoire. C’est ici que s’est tenu, en janvier 1129, le célèbre concile de Troyes. Réunis sous l’autorité de l’Église, les grands dignitaires de l’époque y reconnaissent officiellement l’Ordre du Temple et adoptent une règle de vie inspirée par Bernard de Clairvaux. Cet événement marque un tournant décisif : les Templiers deviennent un ordre religieux et militaire reconnu, prêt à se développer dans toute l’Europe.
Clairvaux, le berceau spirituel des Templiers
À quelques kilomètres de là, l’abbaye de Clairvaux éclaire une autre facette de l’histoire des Templiers. Fondée en 1115 par Bernard de Clairvaux, figure majeure du Moyen Âge, elle n’a jamais été une commanderie templière. Pourtant, son influence sur le destin de l’Ordre est considérable. Conseiller du concile de Troyes, Bernard de Clairvaux contribue à la rédaction de la règle des Templiers et défend leur vocation dans son traité De laude novae militiae (« Éloge de la nouvelle chevalerie »). En donnant une légitimité spirituelle à ces moines-chevaliers, il participe à leur essor et à leur rayonnement à travers l’Europe. Aujourd’hui, la visite de l’abbaye de Clairvaux permet de mieux comprendre le contexte religieux et intellectuel dans lequel l’Ordre du Temple a vu le jour.
La Forêt du Temple, un héritage entre nature et histoire
Autour des grands lacs de la Forêt d’Orient s’étend un vaste massif forestier dont le nom rappelle encore aujourd’hui la présence des Templiers : la Forêt du Temple. Au Moyen Âge, ce domaine appartenait à l’Ordre du Temple, qui y exploitait les ressources forestières, aménageait des étangs et gérait un important patrimoine foncier. Ce territoire constituait l’un des plus vastes domaines forestiers administrés par les Templiers en Occident.
Aujourd’hui, un parcours d’interprétation permet de découvrir cette histoire au fil d’une promenade où patrimoine naturel et mémoire médiévale se répondent. Une manière originale d’aborder l’histoire des Templiers, loin des idées reçues et au cœur des paysages préservés du Parc naturel régional de la Forêt d’Orient.




L’Aube au cœur de la Route européenne des Templiers
Berceau historique de l’Ordre du Temple, l’Aube joue aujourd’hui un rôle moteur dans la valorisation de cet héritage à l’échelle européenne. Avec la ville portugaise de Tomar, dernier grand bastion des Templiers, le Département de l’Aube est à l’origine de la Templars Route European Federation, créée en 2016 pour développer un itinéraire culturel reliant les grands sites templiers d’Europe.
Cette coopération réunit aujourd’hui plusieurs territoires européens autour d’une ambition commune : préserver, étudier et faire découvrir un patrimoine qui dépasse les frontières. De Payns à Avalleur, de Troyes à Clairvaux, l’Aube en constitue le point de départ, « l’Alpha » de cette grande aventure européenne, tandis que Tomar en représente « l’Oméga », où l’histoire de l’Ordre s’est prolongée après sa disparition en France.